Chair de Poule, épisode 5 : Louis Reboul.

Vent de terreur à la Rampage.

Chair de Poule, si vous avez été un ado de la génération Y, c’est une série de bouquins d’horreur pour gamins. On adore, on frissonne, on se fait peur… C’est un peu le concept de notre chronique.

Chaque semaine, un athlète Racer vous raconte la fois ou il a eu le plus peur de sa vie en pratiquant son sport !

Après Eliott Lapôtre en vélo, Enak Gavaggio en skiWilfried Delestre en moto et Yannick Granieri en vélo, c'est au tour de Louis Reboul toujours en vélo de nous parler de sa plus grosse frayeur en compétition…

Alors, ma chair de poule… C’était à la Rampage en 2014. Je m'étais qualifié pour les finales, et j'étais super content de mon premier run. Mais je me suis dit qu’au deuxième run il fallait que je fasse encore mieux.

C’était en début d’après-midi, il y avait le gros canyon gap et, forcément, il y avait du vent. Fatalement, le meilleur moyen de contrer le vent sur une bosse c’est de faire des flips. Donc je me suis dit que si le vent continuait comme ça pendant mon run j’allais faire un flip. En haut je voyais les oriflammes bouger et qu’il y avait du vent. Du coup, je descends, fais mon run et arrivé sur le canyon gap je vois encore les oriflammes plein vent sur la réception. Je me dis que si je fais un saut droit je vais finir tout de travers et me faire détruire. Du coup j’ai pensé : « je pousse vraiment, je vais plus vite et je fais un flip ». 

J’arrive à fond, tire, vois que la rotation est bien et au moment où je vois la réception je me rends compte que je suis un mètre trop court. Et juste avant de heurter le sol : black-out. Comme si mon cerveau s’était éteint. 

Je tape de l’avant, mon cadre s’est plié et je me suis réveillé quand j’étais en train de glisser sur la réception. Suite à ça, il y a eu les pompiers, les ambulances etc. On m’emmène à l’hôpital, j’avais des égratignures de partout mais au final ça allait, rien de grave.

 Je retourne en France et vais chez l’ostéopathe parce que j’avais des vertèbres et pas mal d’autres choses déplacées. Je n’ai pas fait de trauma crânien mais je lui explique que j’ai eu un black-out avant même de toucher la réception. Il m’a dit que c’était normal car c’est le genre d’action ou le cerveau est tellement en panique qu’il se met « en mode off ». 

J’ai compris que mon cerveau était prêt à crever. Ça m’a mis un peu mal et je ne voulais pas voir ma chute en vidéo parce que j’étais quand même un peu traumatisé. Un dimanche matin chez mes parents, tranquille, je me mets devant la télé et je vois le zap de spion qui, forcément, passe les images de ma chute où je m’éclate la tronche à la Rampage. Ça m’a tout remémoré et ça m’a fait vraiment embêté. 

Début 2015 à Rotorua, il y avait une bosse un peu similaire. Un peu longue, un peu plate, bref un peu comme la Rampage et j’avais oublié cette histoire. Pendant les trainings je fais un flip sur cette grosse bosse, il passe nickel.

Pendant mon run pareil j’en refais un et là je ne tourne pas assez. En l’air j’ai eu l’image de la Rampage, je me suis revu en Utah. Et pareil la même boite, je tape de l’avant, le casque de travers, j’étais assis et ne m’étais pas fait mal. Mais j’étais au bout du rouleau, dépité et trop énervé et dans ma tête il y a eu cette phrase : « c’est bon les flips sur les bosses longues et plates, je n’en ferais plus jamais de ma vie ».

Du coup maintenant j’ai la phobie de ce truc-là. Quand je vois une bosse comme ça et me dis que ça serait cool de lancer un flip je pense : « Ah non. C’est mort, je reste bien tranquille ».